Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee. Ed:Grasset.

 

 

 

UnknownHigh Noon sous un arbre.
Par ce titre particulier, Harper Lee convie le lecteur à se délecter d’un des meilleurs romans de la littérature américaine. On peut penser que l’hyperbole guette mais voyez cette argumentation.
Une petite fille, Scout, de son surnom mais Jean Louise de son vrai prénom, fait le récit de quelques mois de sa petite vie. Elle a pour frère, Jem, là aussi un diminutif.  Son père Atticus, appelé affectueusement ainsi par ses enfants, est avocat tandis que sa mère s’en est allée au-delà, bien avant la date nécessaire.
Scout décrit tout d’abord son environnement, dans une langue et un point de vue d’enfant. Son oeil est aiguisé et elle ne manque pas de poser aux adultes les questions qui embarrassent.
On y rencontre les voisines et les voisins. Il est souvent question de Mr Radley, Boo de son surnom – il n’ y a pas de raison – Arthur à l’état civil. Le personnage est étrange et, puisqu’on le devine plus qu’on ne le voit, soumis aux interrogations et spéculations les mieux trempés de préjugés des enfants et des adultes. Parfois, des interactions curieuses avec les deux gamins semblent signifier sa complicité amisale.
Le roman prend ensuite une dimension totalement et dramatiquement narrative lorsque Atticus doit défendre, devant le tribunal, Tim Robinson, homme de couleur, accusé d’avoir abusé de la gracieuse Mayella Ewell, affublée de son sinistre père, Bob Ewell. Or. toute l’accusation est marquée du sceau du mensonge. Le procès, dans le mode que les Américains affectionnent, sous la présidence d’un juge haut en couleur, le démontre grâce à la sagacité d’Atticus. Mais Tim Robinson est noir et ne peut être que condamné dans cet état du Sud qu’est l’Alabama. Atticus dépose un recours. Mais Tim Robinson manquera à l’appel.
Les deux enfants, qui assistent aux débats, sont effarés devant l’injustice du verdict; nous les comprenons.

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Le mérite de ce livre est de mettre en évidence la prégnance des préjugés qu’une petite fille nous jette à la figure par ses réflexions innocentes. Même les grandes figures de Maycomb, telle Miss Heyweather, l’institutrice, ne sont pas privées de contradictions.
Et puis nous nous attachons à cette petite fille, animée d un si grand sens de la justice jusqu’à ne pas craindre de faire le coup de poing à l’école pour une cause qui lui paraît juste. Quant au père, qui éduque seul ses enfants, il est si touchant par sa générosité et son idéalisme irréductible.
A la fin, on est heureux d’avoir fait la connaissance de Nelle Harper Lee, décédée en Février 2016, regrettant que cette oeuvre soit littéralement et littérairement unique. Et puis, qui aurait dit que Boo Radley, ce silencieux, bavard en gestes humains, rendrait, sans mot dire, la justice?
Alain Dagnez.