CHANSON DOUCE. Leïla Slimani. Ed: Gallimard.

Folie Douce, roman d’une nounou hors du commun. Heureusement

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Ce roman ne peut s’adresser à un couple qui souhaite confier sa progéniture à une nourrice à demeure: il ne pourrait vivre que dans l’angoisse perpétuelle d’un appel intempestif et rédhibitoire.
Alors qui peut s’intéresser à un tel récit? Quiconque est à la recherche du Prix Goncourt de l’année et qui voudrait en parler pendant les soirées et les invitations très en vogue en cette période. Qui d’autre? On cherche.
Ce n’est pas que ce soit mal écrit, non! Ce n’est pas que l’histoire manque d’intérêt: on ne le dirait pas! Alors d’où nous vient cette impression indéfinissable de n’avoir pas assez accroché?
Ca commence comme dans les séries de l’inspecteur Columbo: on connaît dès le début qui a fait le coup. Myriam et Paul, dont le métier requiert de s’absenter longtemps dans la journée, sont à la recherche d’une nounou à plein temps pour s’occuper de leurs enfants, Mila et Adam. Ils la trouvent en la personne de Louise, bardée de recommandations. Parfaite à tous points de vue. Ils l’engagent.
Elle prend place, toute la place, s’installe tant et si bien qu’elle occupe toute la maison; elle phagocyte l’espace, fait la cuisine, répare, ravaude, achète, se transforme, hors de ce que pourquoi elle a été engagée, en bonne à tout faire, allant jusqu’à préconiser aux deux employeurs déresponsabilisés de faire une autre enfant. Comme si!
Alors, tout se dégrade lentement, progressivement, inexorablement. Jusqu’à ce qu’on sait déjà: l’incompréhensible.
product_9782070196678_98x0Ce qui fait notre gêne, c’est l’absence d’intrigue réelle qui prend le lecteur et ne le lâche plus. Ce qui fait notre réticence, c’est aussi que le style ne nous retient pas: il plane dans un long récit sans saveur. On est chez l’auteur comme chez soi: pas de mystère. On finit par trouver que c’est un peu longuet. Leila Slimani a beau rajouter Stéphanie et un mari décédé, rien n’y fait: on se lasse.
Certes, ce roman valait quelques honneurs pour ses quelques mérites. Mais quant à lui attribuer le fameux Prix? On en doute: des milliers de livres ont cette tenue. Alors quoi? Le Prix « Galligrasseuil » aurait-il en core frappé? Un coup toi, un coup moi.
Alain Dagnez.

« Va et poste une sentinelle » (Isaïe, chap21, verset6) de Harper Lee. Ed. Grasset.

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Du « temps des amours » au « temps des secrets » et des déceptions.
Nous avions publié récemment le commentaire du livre précédent « ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » et nous avions dit notre plaisir extrême à parcourir ce chef d’oeuvre de la littérature américaine. Il en sera de même ici.
Jean-Louise, dite, de moins en moins, « Scout » revient au pays, bien des années après. Elle retrouve à peu près les mêmes personnes: son père Atticus, sa tante, Alexandra. Manquent à l’appel Jem, son frère. Calpunia, la bonne noire, remplaçante de maman, a pris sa retraite. La ville, Mycomb, n’a pas changé, en apparence.
L’auteur ajoute à sa liste le Dr Finch, son oncle, Henry Clinton, Hank, son ex-fiancé. Elle se remémore les bons moments qu’elle a vécus avec tous ceux-là et raconte, par exemple, pour notre plus grand plaisir l’épisode du bal du lycée où il est question de coussinets volants, qui provoquent un scandale auprès! du directeur, Mr Buffet, dit « la Touffe »: à mourir de rire.
Mais la situation a changé à Mycomb, le climat n’est plus la même: Jean-Louise s’aperçoit que l’Alabama, sous les coups de factions séparatistes, reprend de vieilles habitudes racistes et que, même son père, si adulé, a, semble-t-il, changé d’opinion. Calpunia ne lui réserve pas le même accueil. Scout est toute retournée.
Alors, elle se lance dans une longue diatribe contre sa ville, contre son père, digne d’une plaidoirie – n’est-elle pas fille d’avocat? Elle va quitter la ville définitivement. plus personne n’est digne de sa présence et de ses convictions? Qui pourrait la retenir?
Ce qui est étonnant dans ce livre c’est qu’on retrouve le même style enjoué d’un petite fille qui n’a fait que grandir. Le temps continue à être destructuré. Les phrases sont à mi-chemin entre la poésie et l’humour hilarant. Harper Lee possède le don de nous émouvoir et de nous grandir en humanité. On reste collé au roman, le sourire bienveillant aux lèvres,  pour apprendre qu’elle n’écrira plus de suite: Harper Lee est décédée en février 2016. Dommage! Il n’est si bonne compagnie qui ne se quitte. Il en est que l’on regrette. Hélas!

Alain Dagnez.