Web Mortem de Christine Adamo; Ed: Albin Michel.

La carte du Tendre ne l’était pas vraiment.
Unknown-2Même si l’auteur de ces lignes n’est pas un habitué des romans policiers, il s’était dit qu’il fallait essayer depuis le temps où il avait laissé Hercule Poirot agiter ses « petites cellules grises ». De plus, l’auteure l’avait intrigué: comment peut-on être une scientifique notoire, se pencher sur le destin de la  planète jusqu’aux Commores  et « se perdre » dans un genre réputé de seconde zone? On allait voir. Il fallait savoir.
Hammond Mac Léod est un jeune doyen de l’université de Glasgow; Christine Adamo semble connaitre les lieux like the back of her hand. Sa secrétaire lui est toute dévouée: Martha. Sa réputation de séducteur le conduit de femme en femme.
Précisément, celle qu’il vient de tenir dans ses bras a été atrocement assassinée. On a procédé au carottage de son cerveau et autres gracieusetés. La police, en la personne de Barney Rodham le soupçonne puisqu’il se trouve qu’il avait rendez-vous avec elle ce soir-là: pauvre, jolie Sara!
51s5ibRxNDL._SX210_Par ailleurs un mystérieux « Il » se livre à des jeux étranges en ligne. Il attribue un numéro à ses correspondants. Des pions sont éliminés. Il y est fait allusion à l’ancienne Mésopotamie, aux langues qu’on ne parle plus sauf exception, aux rois et reines  de l’antique pays d’Ur. Le discours de « Il » est abscons, mystérieux, réservé aux initiés, sur un ton de Cassandre. Le lecteur s’interroge et tremble à la fois.
Accusé en chef, Hammond doit fuir, il rencontre Willow, journaliste en herbe, parmi toutes les femmes de son entourage; elle veut l’informer, lui venir en aide. Et plus si affinité. Elle l’exfiltre par bateau, direction New York. Le danger guette: d’un côté la police, de l’autre « Il », qui poursuit sa correspondance folle où que l’on soit: Internet n’a pas de frontières. Les crimes se poursuivent tous aussi cruels, au mode opératoire identique. On tremble à chaque page pour Willow en particulier, si sympathique, si vivante.
La langue est riche, parsemée d’Anglais, principalement aux titres, pleine de résonances scientifiques: normal lorsqu’on est du milieu, se dit-on. Sans, pour autant désarçonner le lecteur. Tout est organisé dans le temps, dates et heures comprises. Christine Adamo nous a pris par la main.
Le lecteur est rapidement happé par ce roman au point qu’il ne peut plus , ne veut plus s’en décrocher. et fait l’impasse sur d’autres projets. Les dernières pages sont haletantes; on se passe de tout autre loisir et on termine épuisé de désarçonnement littéraire.
Ledit lecteur jura mais un peu tard de ne plus s’éloigner des romans policiers et se promit de ne pas traîner à se jeter sur un autre opus de la même auteure. Tel fut son régal.
Alain Dagnez.