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La favorite fut plus qu’une parure coûteuse.

Karin Hann a le don de faire tomber les préjugés. Voilà plusieurs ouvrages où elle se livre, peut-être à son insu, à cette tâche ardue; faire tomber les opinons qui ne sont fondées que sur les on-dits, les pré-supposés ou les représentations hâtives. Ce fut le cas pour Catherine de Médicis, Anne d’Autriche, Marcel Pagnol et, plus récemment, Serge Gainsbourg.
Chacun, même s’il n’a pas lu grand chose à ce propos, conçoit a priori une piètre idée de Madame de Pompadour. Elle a la réputation d’ une femme légère, frivole, dispendieuse. Qui n’accompagna Louis XV que pour en tirer du bénéfice à son usage. Venue des peuple, on la croit peu formée intellectuellement. Madame de Pompadour, Jeanne-Antoinette de Normant d’Etioles, souffrit de la réputation que lui fit la Cour. Louis-Ferdinand, le fils du Roi, en tête des détracteurs, la méprisait, souffrant de sa mère, la reine Marie, délaissée, elle si pieuse, trop pieuse. Des « poissonnades » parcoururent le « pays » de la Cour, sans que l’on doute de leur origine. On l’affubla de prénoms disgracieux dont le charmant « Bestiole ». Evidemment, toute personne qui se nomme « Poisson », ne peut transporter qu’un parfum portuaire.
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Bien sûr, sa rencontre avec le roi ne fut point fortuite; bien sûr, elle apporta son concours à l’installation de sa famille: son frère, le marquis de Marigny devint directeur des bâtiments. Bien sûr, son mari fut laissé à son destin même s’il n’eut pas à se plaindre de son état de cocu par la grâce du roi.
Karin Hann nous dresse un portrait plus flatteur de la dame. Le plus grand des lustres de madame de Pompadour fut d’avoir marqué les arts de son empreinte: que d’écrivains elle soutint! de Voltaire, qui l’avait bien jugé, à Rousseau qu’elle aida à « monter » le Devin du village ». Elle fut aussi et en quelque sorte, une marraine attentive à l’Encyclopédie et à ses auteurs.
Elle favorisa l’installation du Jardin des Plantes; elle permit, grâce à sa proximité avec le Ministre Bertin, et de son protégé, Bourgelat, l’ouverture à Lyon, d’abord, de la première Ecole Vétérinaire.
Elle fut proche des plus grands peintres, tels Drouais, Boucher ou Quentin de Latour, qui donnèrent d’elle de nombreux portraits tout à fait charmants, à tout âge.
Elle fonde l’école militaire, réservée à 500 jeunes pauvres, sorte d’école d’excellence avant la lettre. sans compter la manufacture de Sèvres.
Et, surtout, elle fut très amoureuse du Roi, qu’elle protégeait contre ses accès de tristesse et de mélancolie, bien au-delà des capacités de Marie Leczinska. Puis, lorsqu’elle ne put plus accorder ses faveurs au roi, il la conserva comme une grande confidente et conseillère.
Outre les qualités de conteuse de Karin Hann, cette fois, l’auteure nous offre de beaux passages descriptifs, de charmantes scènes d’amour, au « Trébuchet », totalement inventées dans leur détail et fortement probables. De plus, cette fois, le livre est au plus près de la réalité des activités de Louis XV dans son rapport au peuple, aux alliances, aux finances: un roi dans toute son action.
Et puis, comme à chaque fois, le régal vient du style incomparable de Karin Hann, tantôt imagé, tantôt réaliste, tantôt poétique, au service de la situation décrite.
Alain Dagnez.

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