Laetitia d’Ivan Jablonka. Ed: Seuil.

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Née pour un destin funeste.
On ouvre ce livre parce qu’il est dans notre liste: la lecture est notre addiction coutumière.
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On parcourt les premières lignes: meurtre d’une jeune fille; nous sentons bien que le nom des lieux et des personnes résonne. Pornic, Laetitia Perrais, un scooter échoué…
On poursuit. Le récit, froid dans son style, rappelle les études sociologiques que l’on a pu parcourir: neutralité scientifique en règle d’or. Des faits, des  récits, des noms. Il s’agit du meurtre atroce d’une toute jeune fille.
Sur Internet, on se met à la recherche de cette affaire. Quelques mots tapés sur le clavier font apparaître le visage de la pauvre héroïne. Il ne nous quittera plus tout au long de la lecture.
On raconte le passé de Laëtitia, tout ce qui l’a amenée à ce dénouement tragique: une famille déstructurée l’a conduite, avec sa soeur jumelle, Jessica, chez les Patron, famille d accueil réputée bienveillante.
On suit le parcours chaotique mais structurant de Laetitia ; elle est à l’aube de prendre son envol vers une vie assumée, jusqu’à sa rencontre avec son assassin.
On a beau expliquer les uns et les autres, leur parcours, leurs histoires, devant nos yeux, le visage charmant de cette jeune fille nous poursuit: comment est-ce possible, comment quelqu’un en est-il arrivé à la trucider, à la découper en morceaux pour la jeter en vrac dans des eaux froides?

L’auteur scrute la chaîne des responsabilités, de la police à la justice, des services sociaux à la famille d’ accueil​, si accueillante​, trop accueillante: on ouvre la boîte de Pandore.  Et le monde politique qui s’en mêle.
L’auteur passe du récit à l’analyse pour mieux retourner aux faits. Il nous narre la chronologie des événements et la recherche des enquêteurs. Ivan Jablonka essaie des explications sociologiques. C’est respectable .Mais, comme dans la tragédie antique, tout s’organise pour que Laetitia se dirige inéluctablement vers son funeste destin. Ne manque que le Choeur Antique. Pauvre Iphigénie! Malheureuse Ophélie! Le sourire de la jeune fille continue de nous hanter; le malaise s’installe.
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Ce livre est réussi parce que, derrière l’apparente froideur, on comprend qu’Ivan Jablonka se retient à quatre mains pour garder intacte sa raison d’historien. Au tout début, comme pour s’excuser de cette étude objective, il avait fendu l’armure: il a trois filles à la maison. Tout est dit.
Nous n’aurons rien à raconter au sujet de l’assassin.
Alain Dagnez.

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