Point cardinal. Léonor de Récondo. Ed: Sabine vespieser.

 

Unknown-1Une autre soi-même.

Léonor de Récondo nous avait précédemment gratifié d’un roman compliqué sur le thème des amours ancillaires forcées. Cette fois, le sujet est un peu plus scabreux: la transsexualité.
Mathilda se gare sur un parking de supermarché, se dévêt et devient Laurent. Il rentre chez lui. Cynthia, déjà transformée, l’encourage.
Mais, il y a la famille, Solange, l’épouse fidèle, Claire, la douce fille et Laurent, garçon en plein épanouissement. Le choix du roi: tout est en équilibre.
La révélation va parcourir la famille d’un frisson aux allures de tremblement d terre. Et c’est là le mérite de ce livre; l’entourage est affecté, sur ses bases. Solange, qui, bouleversée de découvrir par hasard, échappe au couple pour rejoindre sexuellement un quidam, Claire qui tente de rationaliser au lycée et puis Laurent qui entre en révolte au point de ne plus vouloir fréquenter ce père qu’il disqualifie et à qui il jette un « connasse » de désespoir. On propose au père de famille un suivi psychologique, bilan: « névrose obsessionnelle ». Il fuit.
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L’aveu au travail parcourt l’entreprise tout entière et touche jusqu’à l’amie de toujours, qui ne comprend pas.
Laurent est prêt, envers et contre tous, à sacrifier ce bel édifice pour cette aspiration à l’autre sexe. Qu’est-ce qu’il y a de si impératif pour se priver de ses attributs masculins? On assiste à la lettre transformation physique, mentale et inéluctable du personnage principal.
Et Laurent devient sous nos yeux Lauren; les « il » deviennent « elle » jusqu’au dernier voyage.
Le sujet est lourd, douloureux pénible pour tous les protagonistes, surtout pour le principal intéressé, qui ne veut plus, ne peut plus lutter contre sa nature interne.
Tout un chacun a du mal à comprendre comment on en arrive à ces extrémités; le lecteur pense qu’il faut être concerné pour bien se mettre dans la peau de Laurent/lauren. Si c’est possible.
Alain Dagnez.

L’art de perdre. Alice Zeniter. Ed: Flammarion.

« C’est vrai que cette histoire manque de chameaux! » P.337.

Unknown-2C’est un « roman », nous apprend la première de couverture. On veut bien l’admettre mais, au fur et à mesure, le lecteur se dit que cet ouvrage a toutes les apparences d’une saga familiale bien perçue, d’un récit biographique presque auto, d’une histoire des siens. Qui nous emmène de part et d’autre de la Méditerranée, d’une époque à celle-ci.

Au début, Ali, habite Palestro dans l’est de l’Algérie, en Kabylie exactement. Il élève sa famille et cultive l’olive. Il a combattu aux côtés de forces de libération de la France; il a gravi Monte Cassino: il fut un combattant de la Seconde Guerre Mondiale.
Mais, bientôt celle d’Algérie se déclare, il faut choisir son camp: Ali fait celui de la fidélité.

1962, Clap de fin pour celle d’Algérie, départ précipité et hasardeux de ce pays, quelques bagages sous le bras. La famille le rejoint; parquée dans un camp, puis dans des logements relativement plus décents et, enfin, installation dans la région parisienne.
Sa petite fille, Naïma, fille de Hamid et femme libérée, qui travaille pour une galerie d’art, va être, malgré elle ou volontairement, engagée dans une sorte de retour aux sources. Elle n’a obtenu aucune information ni de son père ni de son grand-père. Officiellement, elle reçoit pour mission de rapporter les dessins de Lalla, peintre algérien engagé et malade, afin qu’une exposition rétrospective soit organisée en son honneur à Paris. L’occasion serait-elle trop belle?
51IzDS+3j6L._SX195_Outre le récit de ces mouvements historiques et géographiques, le récit de la vie qui s’installe en France, les difficultés de la famille à trouver sa place malgré les regards malveillants et les a-priori, ce roman qui est écrit dans une langue ciselée, bavarde au sens le plus narratif, agréable à parcourir, finit par nous émouvoir, surtout au moment où Naïma retrouve les lieux de l’enfance de son grand-père mais aussi de son père. Elle croit reconnaître une de ses soeurs et les traits de son père dans les visages de ces personnes qu’elle n’avait jamais vues, : un air de famille.
On plonge dans le quotidien de cette famille déracinée. On respire les parfums de l’Algérie restitués en terre de France. On a aimé les portraits que brosse Alice Zeniter de ce grand-père taiseux tout autant que son fils, la description de Yema, la grand-mère, femme aux nombreux enfants et aux gâteaux délicieux comme là-bas.
On ne voit pas en quoi il pouvait s’agir d’un « art de perdre ». Il était question de retrouver son passé, comme chacun aime le faire à un moment de sa vie, quelle qu’elle soit.
Alain Dagnez.