Cet été-là de Martin Lee. ED:Sonatine.

CVT_Cet-ete-la_5173Pauvre Hirondelle!

Voilà une histoire qui vous prend à la gorge dès les premières pages.La lecture est accompagnée d’airs de blues, qui nous suggèrent le  drame qui va se produire. 

Le mercredi, 5 juillet, Katie,  petite fille de 9 ans de Junior et de Patsy Mackey, doit aller rendre les livres qu’elle a empruntés à la Bibliothèque Municipale; on retrouve son vélo, dont la chaîne a sauté, attaché à un parcmètre; mais plus de Katie.

Une petite ville des Etats-Unis, aux abords de l’autoroute 50, Tower Hill, Indiana; un quartier tranquille: Goosemeck. Des personnages qui prennent la parole chacun leur tour pour donner leur version des faits vieux de trente ans. La narration elle-même ajoute du récit.  Et les volontaires. aussi. Tout une chorale de témoins.

Voici M. Henry Dees, professeur de Mathématiques; il vit seul avec ses souvenirs et ses petites habitudes; il est lâche, ment souvent. Mais il nous pousse à la réflexion. Il est amoureux, secrètement, comme un père ou autrement  de Katie à qui il donne des cours. 

Raymond D. est un ouvrier; il consomme l’alcool et autres substances néfastes et a perdu récemment son boulot. Il réclame de l’argent à M. Dees. Habile de ses mains. 

Clare, veuve, sa femme, qui vient de se remarier avec Ray. Elle n’a pas d’amis.

Gilley, frère de Katie. Il surprend M. Dees dans leur maison, qui furète. 

Ces personnages, chacun leur tour, par leurs témoignages, aident à progresser dans la narration funeste.

L’intérêt de ce roman n’est pas de savoir qui a commis le méfait, encore que le lecteur, qui a sa petite idée, reste dans le doute très longtemps, mais, plutôt, la lente pérégrination vers l’aboutissement final. Le lecteur écoute les exposants pour tenter de les comprendre, de saisir leurs motivations, de se prendre compte que l’auteur, par la voix de M. Dees, réussit l’exploit de le rendre coupable, lui aussi.  Oui, coupable! On se dit que tout un chacun est capable de réaliser les petites turpitudes qu’on lui décrit. Tous coupables, comme Raskolnikov de Dostoïevski. 

Unknown-3L’atmosphère s’alourdit; on attend, on espère, on désespère.  On vibre. Chacun en prend pour son grade: les voisins, les habitants où qu’ils soient. Et cet Henry Dees, veule, lâche, menteur, voyeur, qui ne prend pas les bonnes décisions au bon moment mais nous désigne du doigt. 

Ce roman est un chef d’oeuvre d’émotion, de descriptions de la nature américaine magnifique et innocente, comme cette belle enfant, en contraste avec les adultes dans toute la splendeur  de leur veulerie.

Heureusement, nous reste cette petite musique chaloupée des années 70.

Alain Dagnez.

LE DON DU ROI DE ROSE TREMAIN. ED: LATTÈS.

Le don du RoiSo Bristish.

Robert Merivel est le héros volontaire de ce roman: il raconte ses propres aventures.

Malheureusement, il vient de perdre ses parents dans l’incendie de leur maison. Robert en est très affecté. 

Toutefois, Robert n’en perd pas l’ appétit, surtout, sexuel: il va de l’une à l’autre avec allégresse, de Lady Bethurst à Meg Storey et d’autres: c’est un coeur d’artichaut. 

Il a l’heur de soigner, par hasard, le petit chien du Roi Charles – second du nom, le 1er ayant perdu la tête. Les vétérinaires ne prodiguaient à l’animal que des médecines propres à tuer la pauvre bête; Robert a le génie de lui donner…rien, le sauvant. Le Roi ne sait comment le remercier et l’installe à Binhold, belle propriété et lui demande de prendre sous son aile sa maîtresse Célia au point de les marier, tout en gardant la haute main sur la belle.

Toute est narré sur un ton plaisant, oustaché d’humour comme ils doit pour l’ auteure, anglaise de bon aloi. D’ailleurs, Tout est anglais: hors l’humour déjà cité, les manières, les meurs, la nourriture, les relations. Ca sent l’Angleterre à chaque page. On finit par se  prendre d’affection pour Merivel, dont on suit les tribulations avec délice.

Mais les rois ne sont pas reconnaissants et celui -ci reprend sa maîtresse et sa propriété: Robert doit déguerpir, se retrouvant à la rue ou presque, sur son cheval au doux nom de Danseuse. Il se rend à Bath puis trouve place chez les quakers à Whitelsea où il rencontre Katharine, folle d’esprit et folle, envahissante de désirs pour Robert. Robert succombe encore une fois. Il en est puni et chassé du lieu, Katharine enceinte en bagages supplémentaires.

Unknown-4Les amants s’installent chez la belle-mère. Heureusement, Robert ne manque pas de ressources et poursuit des activités de médecine. 

Mais voilà que  le « Grand incendie ». se déclare . Vous savez bien celui de 1666 dont tout un chacun a entendu parler: tout est parti en fumée, aidé par l’alimentation en constructions en bois.

On a aimé ce livre en deux partie, la première plus légère. On l’a aimé pour son histoire, son ton et son extravagance, même si ça prend des allures, parfois, d’invraisemblable. 

Pour finir, il est curieux de constater  que l’auteur a emprunté un nom de rose, trémière de surcroit. Peut-être pour la liberté qu’a cette fleur de se trouver partout où on ne l’a pas installée.

Alain Dagnez.

L’équation du chat de Christine Adamo. Ed: Liana Livi.

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« Moonlight, not a sound from the pavement. has the moon lost her memory? »

Christine Adamo a pour habitude de ne pas tomber dans la facilité et ne ménage pas son lecteur. Outre qu’elle est une scientifique, elle est aussi la protectrice des coelacanthes. Mais ces qualités ne suffisent pas encore à la définir totalement: elle écrit des romans policiers.  Et bouscule celui qui pensait se reposer en lisant. Que ce soit d’un point de vue intellectuel ou d’un point de vue psychologique, accroche-toi, lecteur: tu vas passer un moment particulièrement agité! Même l’auteur de ces lignes, pourtant habitué à la Dame, a fini secoué. En plein été!

Par où commencer?

Contrairement, aux précédents romans, le lecteur n’est pas déplacé d’un millénaire à l’autre, C’est déjà ça. Tout de même, il sera obligé de se promener dans les années 30, en Autriche. Il y  rencontrera, de loin en loin, Eugen, pauvre enfant plutôt maltraité en toutes saisons. Il sera également transporté d’un lieu à l’autre: « Cambridge au bord de la rivière », « Cambridge de l’autre côté de la rivière », « Cambridge centre » etc. Le moment et l’heure sont indiqués en tête de chapitres, contrairement à ce qui est écrit dans l’Evangile « Veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » (Mattieu, 24:42 ou Marc:  13:33) Christine Adamo prophétise religieusement et le lecteur veille.

Ce dernier, attentif devra, par ailleurs, s’appliquer à comprendre la physique quantique. L’auteure va, certes, faire oeuvre de pédagogie et tenter de lui apprendre les arcanes de cette science; elle fait intervenir Martha, bras droit de Hammond Mac Leod; ce dernier, doyen de faculté, lui a intimé l’ordre, le jour de l’an, de faire des recherches pour son compte. Elle est en compagnie d’un ancien prof de fac, Bob,  recyclé dans la restauration.

sdrLe fond du problème est que  ce Mc Leod, amant récent de Noreen, elle aussi dans les Sciences est en discussion serrée avec Doug Sherman, associé à Laurel Brunner, mère de Denisa, elle-même en lien étroit avec Nick. Vous suivez? Et les choses ne se passent pas bien entre les deux laboratoires scientifiques mais pas bien du tout, bisbilles de hauts diplômés, à croire que l’auteure en a – si l’on  peut dire – quelque expérience. 

Et les pages défilent, de lieu en lieu, d’époque en époque. Quel lien peut-on faire entre Eugen en Autriche 1930 et cette « disputatio » entre scientifiques. Que dire du délicieux cadavre flottant? Le lecteur est haletant. Caractéristiques d’un bon Thriller.

Certes, les scènes d’amour sont fort bien réussies, celle de la bagarre homérique, pas mal non plus; le cadavre, en décomposition aquatique, nous fait frémir tant les descriptions sont hyper réalistes, voire gore. 

Et, à la fin, tout s’éclaire: pourquoi les chats disparaissent, pourquoi le cadavre en est là, pourquoi Laurel s’est spécialisée dans la physique et pourquoi Hammond Mc Leod est fatigué de  tout cela, lui qu’on avait déjà rencontré précédemment en meilleure posture (1). 

C’est toujours plaisant de lire Christine Adamo, toujours instructif, à tous les niveaux. Mais, parfois, elle s’abandonne à quelques phrases faciles comme celle-ci en page 259: « tous les hommes sont des Janus ». Mais pourquoi donc en vouloir tant à le gent masculine? Les femmes sont-elles tout d’une pièce?

Alain Dagnez.

1) Cf. Web Mortem.