La vie rêvée de Virginia Fly/ De Angela Huth. Quai Voltaire/Folio.

Unknown-1Mariée à tout prix.

Virginia croit en l’Amour, le grand, désespérément. Elle en rêve, elle l’espère, elle le veut. Quand donc viendra ce bel amant à l’appel de ses soupirs.?

Elle eut bien une sorte d’essai pour rien dans sa toute première jeunesse. Pour l’instant, elle échange des lettres avec Charlie, lointain compagnon épistolaire. Il s’invite, il arrive, elle est heureuse ou va l’être. Elle passe avec lui une soirée, une nuit où elle perd sa virginité. Mais, damned! au petit matin  : il est marié et s’est joué d’elle. Déillusion.

Il y a bien, dans la foulée Ulick Bank, commercial, présenté à elle par Mrs Thompson. Pas mieux, voire pire; même si elle n’a plus rien à laisser. De plus, cette Mrs Thompson, dame désoeuvrée, devient intime de sa famille et de sa mère, en particulier, qu’elle ne supporte pas tant elle se mêle de sa vie privée et tire  de toute occasion une façon de s émettre en avant.

41DLbFh5EHL._SX195_Ce roman, raconté, au tout début, sur un ton léger, humoristique même, avec cette touche britannique, qui fait sourire sans s’esclaffer, se transforme en un roman exaspérant, triste, tragique.  On plaint la pauvre Virginie qui fournit tant d’efforts pour trouver ce qu’elle cherche: le bon mari..

Alors, il y bien ce professeur Hans, un amour de gentillesse, de bonté et de prévenance à son égard  : un pis-aller mais qui ne la fait pas rêver. Du tout. Virginia vas-t-elle laisser là ses espoirs?..

Alain Dagnez.

Un palais dans les dunes. Annie de Groote. Ed : Presses de la cité.

Unknown-5De l’épave à l’Amour.

Un épave, une jeune fille ; elle y est attachée, ligaturée ; La mer va la submerger. Un sauveur va la délivrer d’une mort atroce. Elle s’appelle Laurette, fille de pêcheur. Lui, George Walter Aston, anglais de nationalité, noble, de nature. Ce livre commence à ravir. 

On se dit que la belle, enfin, pas trop, va finir dans les bras de ce bel anglais, écrivain de profession. On comprend que les obstacles seront nombreux : différence d’âge, différence de classe sociale : la bergère et son prince charmant. 

On se trouve, de surcroît dans une région que l’on aime, pour la bonne raison qu’on y habite et pour celle de côtoyer Le Touquet-Paris-Plage, que l’on visite, parfois. Tout est réuni pour passer un très agréable moment Ajouter à cela que nous connaissons l’auteure pour avoir apprécié ses précédents opus et pour l’avoir rencontrée avec un certain plaisir. 

51iSkhNAc6L._SX210_Mais voilà, ce roman-ci ne nous a pas pleinement convaincu. Trop de documentation tue l’histoire. Annie veut trop bien faire. Certes, il est bon de connaître l’arrière-plan : les lieux –  l’hôtel, le Royal Picardy , les personnages – les pêcheurs, leur rude vie, les dangers de la mer. Les occupants dudit hôtel, tous fortunés et bien nés. 

Mais l’auteure en fait trop dans la documentation, en rajoute sur tous ces éléments, ad nauseam. A croire qu’Annie Degroote a dévalisé tous les centres d’information, tous les offices de tourisme, feuilleté tous les VDN ( Voix du Nord). Mais c’est trop. On perd le fil de l’histoire. Le récit manque de nervosité. On n’est plus au plus près du récit. On digresse trop longuement. 

Pour les amateurs de belles histoires, sachez que Laurette tombe, bien sûr, amoureuse de George – ça arrive. Et réciproquement. Elle est embauchée dans ce palace réputé, qui accueille des célébrités. On l’accuse à tort de vol. Elle disparaît, réapparaît pour retomber dans les beaux bras de George. 

Se croisent, ici, des nobles fortunés, un maharadja indélicat, un couple d’anglais à la recherche d’un second souffle, une tante postière. Et bien d’autres personnages. 

Et, à la fin, des surprises qui réveillent le lecteur. 

Nous avons lu jusqu’au bout, par fidélité. Mais , pour renseigner le lecteur de ces lignes, on dira que Laurette n’est pas Monte Christo. Si ces mots peuvent vous éclairer. 

Alain Dagnez. 

La jeune fille à la perle de Tracey Chevalier. Ed : Folio.

Unknown-6Une perle de servante. 

Curieuse et magnifique idée que d’avoir bâti ce roman à partir du chef d’oeuvre de Johannes Vermeer de Delft, «la jeune fille à la perle». Voici ce que Tracey Chevalier a imaginé et ce que l’oeuvre lui a inspiré : 

Griet, jeune fille, vit chez ses parents, avec sa soeur, Agnès et son frère Hans. La famille est dans le besoin depuis que le père a perdu la vue. Elle est placée chez Vermeer, le peintre, pour y faire le ménage, la lessive, les courses, en un mot : servante. 

Elle découvre une famille dont  la mère est Catharina. Les enfants, nombreux, se suivent de près. Cornelia est la plus agressive à son égard. 

Progressivement, le Maître prend la jeune fille à son service personnel pour broyer les peintures. Progressivement, ils se sentent proches, même si jamais ça ne va au-delà. Un riche marchand, Van Ruijven, exige que Vermeer peigne la jeune fille ; il profite de certaines occasions pour tenter d’abuser d’elle. Griet fréquente et, peut-être, aime Pieter, le fils du boucher, installé sur le marché voisin. 

C’est toute l’histoire. Et pourtant, son intérêt réside dans la façon dont Tracey Chevalier nous la conte. Elle nous montre l’innocence de la jeune fille face aux volontés des adultes. Elle décrit avec brio les phases de la construction du tableau. On comprend que le Maitre, souvent appelé «il» est attiré par Griet mais que son intérêt est purement artistique. On voit les rapports de force au sein de la famille et de la société. On est touché par la maturité de Griet qui raconte de façon détaillée les événements et ce qu’ elle en fait. 

CVT_La-Jeune-Fille-a-la-perle_399Le lecteur est ému de voir cette toute jeune fille se débattre parmi ces filets contradictoires et lutter pour se faire une place en son sein. 

Pour cela, ce livre mérite d être lu. Griet est aussi un peu nous- mêmes. 

Alain Dagnez. 

Un film a été vu récemment sur Arte, assez fidèle; La jeune fille est interprétée magnifiquement par Scarlett Johansson.