Te laisser partir. Claire Mackintosh. Ed: Marabout Thriller.

Unknown-4Haletant, effarant, effrayant 

Un enfant de cinq ans trouve la mort, renversé par une voiture, qui ne s’arrête pas, laissant la mère et sa tristesse infinie. L’ambiance s’alourdit et, au fil des pages, le suspense s’épaissit.

L’enquête est confiée à l’inspecteur Ray Stevens et à Kate, sa complice en mode police. On ne retrouve ni la voiture ni qui aurait commis ce délit de fuite.

Parallèlement; une narratrice se met à évoquer les même faits à la première personne. Elle se nomme Jenna Gray, elle est sculptrice. Elle s’est mise à l’abri; Swansee, pays de Galles, près de  la plage du camping. Elle a loué un cottage à la porte récalcitrante. Adopté un chien, Beau, et a rencontré Patrick, vétérinaire, envers qui elle ose quelques sentiments réciproques.

L’enquête piétine au point de devoir la cesser sur ordre de la procureure. Mais Kate et Stevens ne s’y résolvent pas et continuent de chercher hors service.

Plus tard, apparaît une autre narrateur, Ian Petersen, qui narre sa rencontre avec Jenna. La naissance d’une relation heureuse jusqu’au moment où quelques indices nous alertent: cet homme est psychiatriquement dangereux. On comprend pourquoi Jenna s’est échappée de bristol. Elle a fui.

Ceci est pour la bonne compréhension. A cela s’ajoute les problèmes familiaux de Ray et le baiser échangé avec Kate; son fils qui ne va pas bien ni non plus ses relations matrimoniales.

51-NMm9tzPL._SX210_Et nous irons jusqu’au bout de histoire, passant de la narratrice au narrateur, suivant fébrilement l’évolution du récit. Nous sommes presque à la fin et on ne peut plus lâcher le livre, le dénouement se profile;  on soupire, on espère, on tremble, la nuit approche. On ne peut se résoudre à attendre un autre matin. 

On est pris d’affection pour Jenna tant elle paraît prise dans les mailles du filet diabolique d’un pervers absolu. C’est cela la qualité de ce roman, thriller psychologique de haute volée. 

On  recommande chaudement « te laisser partir » à ceux qui aiment trembler et veiller tard, attentif au moindre bruit.

Alain Dagnez.

Ca raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allart. ED: de Minuit.

images-1Quatuor en ré mineur de F. Schubert,

la jeune fille et la mort.

Un roman en deux mouvements: le temps de l’amour; le temps de la mort. Amour incandescent, triste mort. Cette fougue amoureuse est teintée de la lamentation de la perte de l’aimée.

En cette période où la littérature ne manque pas d’oeuvres qui parlent d’amour de son semblable, on est curieux de savoir comment ici on va s’en sortir: défi du lecteur en mal de provocation. Tant pis pour lui: il en sera pour ses frais.

Une jeune professeur, mère d’une petite file, tombe éperdument amoureuse d’une autre femme, Sarah, violoncelliste, qui parcourt le monde. La musicienne est dans le même sentiment.

CVT_a-raconte-Sarah_7169Cet amour naît lentement, se développe, se dit et s’épanouit en passion brûlante. Sarah est décrite comme vivante, très vivante. Trop. Nous sommes dans la première partie. 

Puis, plus de nouvelles; brusquement. En seconde partie, après l’amour-passion, la mort de l’aimée. La tristesse, la détresse, l’abdication, tout près du petit banc bleu pâle ,de celle qui reste; jusqu’à la fin qu’on ne racontera pas.

Le lecteur se demande comment Paulie Delabroy-Allard parvient à retenir notre attention sur le récit de ce petit amour intime. Il faut avoir tant de capacités pour ne pas ennuyer le lecteur et le mener dans des pages qui parlent de la sublimation du quotidien. Le style est remarquablement littéraire sans être ampoulé, ni emphatique, ni lassant.

Il nous reste un doute: la narratrice a-t-elle agi de sorte que son amoureuse ne soit plus de ce monde?  Le récit s’achève à Trieste, ville presque triste.

Alain Dagnez

Beaux rivages de Nina Bouraoui. Ed : J.C. Lattès.

Unknown-3Un aller sans retour.

Un homme aime une femme; une femme aime un homme. Tout ce qu’il y a de plus banal. Puis, cette homme quitte la femme, qui va se morfondre de cet abandon. Le lecteur se dit que l’auteur n’ira pas bien loin avec ce thème on ne peut plus ordinaire.

On sera bien étonné parce que Nina Bouraoui parvient à nous tenir en haleine jusqu’à ‘au bout. Comment s’y prend-elle? 

Elle nous narre , tout d’abord, le séisme que cet abandon provoque. C’est cruel, insoutenable. Ensuite, elle nous raconte celle qu’elle nomme l’Autre, la ravisseuse, qui tient un blog plein de morgue. Elle la persécute à distance. Elle nous dit les soins qu’elle se prodigue pour garder la tête hors de l’eau.Il est ensuite question, également, des souvenirs qui lui remontent, ces moments trop doux de leur rencontre, leurs habitudes; le charme qui les unit, son odeur; leur façon d’aimer; tout lui rappelle l’absent. 

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Après Adrien en Suisse, voici Sacha qu’elle aime avec détachement, comme un médicament et qui , lui non plus ne l’accompagnera pas. 

On ne ferme pas le livre, on le dévore pour accompagner la narratrice jusqu’à la fin, même si on se doute: on sait bien que cet amour n’a plus d’avenir. Alors, qu’est—ce qui nous retient? Le style, remarquable, non répétitif, coloré, douloureux. On la sent lasse d’avoir tant lutté. Elle aspire à la tranquillité amoureuse. On est pris de compassion pour elle. On la prendrait bien dans les bras pour la laisser pleurer.

Alain Dagnez.

Belle main de Gilles Bordes. ED: Terres de France.

51Lo6nO6HRL._SX195_Pour réhabiliter Maman.

Josette, étudiante en Droit, vit avec se mère, Josette Delmaux. Pour l’été, elle  trouve un job de répétitrice auprès des enfants du Docteur Breugère et de sa femme, Annette. Les enfants se nomment Léa et Henri. Nous sommes en 1965

Toutefois, Josette émet les plus fortes réticences et supplient s fille de ne pas accepter cette activité estivale, qui lui rappelle de cruels souvenirs, sans lui en dire davantage.

Comme les enfants – c’est un poncif – n’écoutent pas leurs parents, Solène se rend au château de Laurel, fait la connaissance de toute la famille et commence à instruire les enfants . Léa est, par ailleurs, violoncelliste; son père a demandé à Paul Bergaud, luthier,  de fournir un nouveau violoncelle à sa fille. Solène tombe amoureuse de cet homme au premier regard; le sentiment semble réciproque. 

Mais voilà qu’on évoque des faits re Résistance anciens; on parle d’un endroit où des personnes avaient été brûlées vives, du rapport des uns et des autres,  de Josette. 

Quels secrets cachent le silence de Josette Delmaux? Quelles sont ces femmes tondues après la guerre pour leur proximité avec les Allemands? Qui a trahi? Et qui est le père naturel de Solène. 

De plus, Paul ne parvient plus à produire des violons? Sauf si l’amour de Solène lui redonne sa « belle main »? Cet homme charmant est, hélas, alcoolique.

On a du mal à croire que Solène apprenne l’identité de son père biologique si tardivement, tout autant que l’existence de ses grands-parents. 

Unknown-2On voyage de Sologne en Corrèze, de Paris à Brive pour découvrir toute la vérité, qui, parfois, a du mal à se dire. L’histoire a des hoquets que le lecteur ne parvient pas toujours à s’expliquer. 

Solène s’est donnée à Paul. Pour la vie?

Alain Dagnez.