Le chemin de la plage d’Anna Fredriksson; Ed: Denoël

anna fredrikssonVirée de bord.

Quatre femmes, Anja, Petra, Martina et Jenny, notre héroïne, copines depuis des lustres se rendent en train à Kivik, petit port suèdois, pour quelques jours de vacances. 

Comme on sait si bien le faire à notre époque, l’histoire se divise et nous voilà partis ailleurs, dans un autre espace temps, en compagnie de Jenny. Elle vient d’être nommée par Erik, le DG, à un poste à responsabilité, au sein de son entreprise? Les jours lui sont fastes. 

Nous irons ainsi de la plage au bureau alternativement, d’un côté, au présent, de l’autre au passé comme pour éloigner les tracas qui vont suivre.

Parce que, au travail, Jenny va se mettre progressivement à dos tout le personnel avec lequel, pourtant, elle entretenait jusqu’alors des relations cordiales. Fait-elle des erreurs dans le relationnel ou est-elle la proie des jalousies de la part de ses ex-collègues de travail, Gumilla, qui lorgnait sur le poste, devenue peste définitive, ou Claudia, qui ne la ménage pas et d’autres encore? Seul, Niklas la soutient et elle en est émue, surtout pas ses yeux bleus.

En bord de mer, Jenny avoue également à ses amies qu’elle divorce, son mari, Johan, parti, comme on dit, voir ailleurs.

le chemin de la plageSi les compagnes sont ravies de ces retrouvailles, on découvre, au fur et à mesure, qu’elles affrontent, elles aussi des difficultés dans leur travail ou dans leur couple. 

Au bureau, tout semble s’écrouler autour de Jenny; elle est la proie d’un corbeau, qui lui fait subir les pires attaques immondes, anonymement, bien sûr. 

Le roman est attirant: tour doucement, on est pris par l’histoire; et le lecteur est impatient de savoir comment la pauvre Jenny va se sortir de ce mauvais pas professionnel et personnel.

Une histoire principalement de femmes, de ces femmes qu’on jalouse, qu’on rejette, qu’on méprise et à qui on demande d’être forte, quoi qu’il arrive. 

Que pourra faire Niklas? Qu’on ne compte pas sur l’auteur de ces lignes pour le révéler, si révélation il y a.

Alain Dagnez.

L’école des chagrins. De Roger Cavalié. ED De Borée.

roger cavalié« A vista de naz ». 

On ne lit pas cette suite d’histoires toute romanesque qu’elle soit sans ressentir de l’attachement pour les personnages, pour la région et, en premier lieu, pour le héros principal, Julien.

Voici le troisième volume des péripéties de l’existence de notre personnage. Nous avions fait sa connaissance dans « le vieux cartable », de l’enfance à l’âge adolescent puis dans « Julien l’insoumis », au titre si bien trouvé dans la quête de sa formation d’instituteur et voici ce dernier ouvrage, « l’école des chagrins » où le héros, fraîchement nommé,  entre en profession comme on entre en religion laïque: l’émancipation des enfants par l’instruction.

Julien donc, à peine sorti  l’EN, l’Ecole Normale, va rejoindre sa première affectation: Cours. On déplie alors la carte de France, sur Internet, pour y apprendre l’existence de ce charmant village du Lot et Garonne, loin  de nos bases nordistes. Mais on ne se sent pas dépaysé. On y retrouve Fernand, le père, Estérina, la maman et les autres personnages, y compris Jeanne, si douce, amoureuse de Julien depuis toujours et qui l’attend. 

Tout n’est pas que roses et violettes.: Julien affronte, tour à tour, son administration tatillonne et persécutrice, l’armée qui en prend pour son grade; parfois, même, certains personnages du village où il enseigne, prêts soit à le détourner de Jeanne, merci Justine l’épicière! soit à le déstabiliser tel cet adjoint au maire qui fait agressivement pression sur lui. Ses amis, surtout ceux qui lorgnent sur Jeanne, nouvelle Pénélope, tâchent de profiter de son absence.Julien se débat et ne trouve consolation qu’auprès de sa famille, de sa bien-aimée et de sa classe dans laquelle les enfants lui rendent bien l’attention qu’il leur donne. 

Lui même manque se perdre dans les bras d’une ancienne collègue de l’EN, charmante à souhait, Jeanine, mais, heureusement attirée par une alter ego. Ouf! 

Roger Cavalié nous parle d’un monde qui n’existe plus où les travaux sont durs et les rapports pas toujours marqués du sceau de l’amitié: Julien reste l’Insoumis. On ne peut s’empêcher de penser que Julien est Roger et réciproquement. L’auteur a beau se dissimuler derrière son personnage, c’est lui que l’on voit à chaque étape du récit, écrit dans une langue parfois académique: certains personnages s’exprimant oralement comme des livres grand(s) ouverts. D’autres ont un langage plus iconoclaste, Ah, Ravachol! L’auteur ne peut s’empêcher de faire de l’instruction, glissant un terme soutenu ici,, faisant allusion à un personnage de la Mythologie ou de l’Antiquité là, nous instruisant toujours.

mdeOn y parle aussi des travaux et des jours de ces petites gens de la campagne, qui vivent de peu, travaillent beaucoup, tirent le diable par la queue et qui n’ont pas toutes ces facilités dont nous abusons de nos jours et dont nous nous plaignons de n’en avoir pas assez. Tout cela sent bon le terroir, la moisson finie, les éteules délaissées, les fleurs coupées et l’accent roulant du Sud-Ouest. 

A la fin, on voudrait connaître la suite, rencontrer ces personnages pas si fictifs qu’il y paraît et l’auteur, amoureux du travail bien fait et du beau sexe, sans doute, ennemi des rapports d’autorité et des abus qui s’en suivent.

Le lecteur est heureux de sa lecture et de l’humanité qui s’en dégage: en ces temps troublés, ce n’est pas de trop.

Alain Dagnez.

Les amants de l’été 44. de Karine Lebert. ED: Presses de la Cité.

les-amants-de-lt-44_6477Sur les traces de Philippine: war bride.

Sous cette appellation anglaise, se niche une réalité ancienne. Les Américains ont appelé « War Brides » – « épouses de guerre » ces femmes qui, au détour de la seconde guerre ont trouvé GI à leur pied et sont parties outre Atlantique vivre leur amour.

Il en est question dans ce ce roman qui est construit comme on les aime maintenant, façon puzzle. Deux récits se croisent: celui  de la principale intéressée, Philippine, écrit à la première personne, tel une confession dans un journal intime et le second, de notre époque, qui relate la poursuite d’Emma derrière les aventures et mésaventures de cette grand-mère venue aux States voilà plus d’un demi-siècle de sa Normandie, après avoir épousé, en catimini, au Havre, son beau soldat américain, Ethan Reed.

Dans l’un ou l’autre récit les choses ne sont pas simples; du tout: Philippine brave sa famille, son père autoritaire, son frère un peu violent et les difficultés inhérentes à une escapade définitive avec un soldant étranger. Tandis qu’Emma contrarie son père américain, après le décès de sa mère, Lauren, fille de Philippine à la fois pour son projet commercial et sur sa façon d’être en général.

karine lebertNous n’en dirons pas plus. Sauf que, les récits suivent leurs bonhommes de chemin, sans coup férir, et lorsqu’on arrive à la fin du roman, on le trouve  justement pas fini et, considérant le nombre de pages restantes, on craint que l’histoire ne s’achève en eau de boudin. Et, là, patatras! le lecteur, étonné, lit: « fin de la première partie ».  Fichtre, nous n’aurons, ici, pas la seconde, en cours sans doute, d’écriture! Soulagé mais agacé de pas avoir été prévenu, le lecteur ronge son frein et attendra, combien de temps? la parution du tome 2, avide de savoir si Emma traversera définitivement l’Atlantique, en ce chemin inverse de sa grand-mère, Philippine.

Alain Dagnez.