roger cavalié« A vista de naz ». 

On ne lit pas cette suite d’histoires toute romanesque qu’elle soit sans ressentir de l’attachement pour les personnages, pour la région et, en premier lieu, pour le héros principal, Julien.

Voici le troisième volume des péripéties de l’existence de notre personnage. Nous avions fait sa connaissance dans « le vieux cartable », de l’enfance à l’âge adolescent puis dans « Julien l’insoumis », au titre si bien trouvé dans la quête de sa formation d’instituteur et voici ce dernier ouvrage, « l’école des chagrins » où le héros, fraîchement nommé,  entre en profession comme on entre en religion laïque: l’émancipation des enfants par l’instruction.

Julien donc, à peine sorti  l’EN, l’Ecole Normale, va rejoindre sa première affectation: Cours. On déplie alors la carte de France, sur Internet, pour y apprendre l’existence de ce charmant village du Lot et Garonne, loin  de nos bases nordistes. Mais on ne se sent pas dépaysé. On y retrouve Fernand, le père, Estérina, la maman et les autres personnages, y compris Jeanne, si douce, amoureuse de Julien depuis toujours et qui l’attend. 

Tout n’est pas que roses et violettes.: Julien affronte, tour à tour, son administration tatillonne et persécutrice, l’armée qui en prend pour son grade; parfois, même, certains personnages du village où il enseigne, prêts soit à le détourner de Jeanne, merci Justine l’épicière! soit à le déstabiliser tel cet adjoint au maire qui fait agressivement pression sur lui. Ses amis, surtout ceux qui lorgnent sur Jeanne, nouvelle Pénélope, tâchent de profiter de son absence.Julien se débat et ne trouve consolation qu’auprès de sa famille, de sa bien-aimée et de sa classe dans laquelle les enfants lui rendent bien l’attention qu’il leur donne. 

Lui même manque se perdre dans les bras d’une ancienne collègue de l’EN, charmante à souhait, Jeanine, mais, heureusement attirée par une alter ego. Ouf! 

Roger Cavalié nous parle d’un monde qui n’existe plus où les travaux sont durs et les rapports pas toujours marqués du sceau de l’amitié: Julien reste l’Insoumis. On ne peut s’empêcher de penser que Julien est Roger et réciproquement. L’auteur a beau se dissimuler derrière son personnage, c’est lui que l’on voit à chaque étape du récit, écrit dans une langue parfois académique: certains personnages s’exprimant oralement comme des livres grand(s) ouverts. D’autres ont un langage plus iconoclaste, Ah, Ravachol! L’auteur ne peut s’empêcher de faire de l’instruction, glissant un terme soutenu ici,, faisant allusion à un personnage de la Mythologie ou de l’Antiquité là, nous instruisant toujours.

mdeOn y parle aussi des travaux et des jours de ces petites gens de la campagne, qui vivent de peu, travaillent beaucoup, tirent le diable par la queue et qui n’ont pas toutes ces facilités dont nous abusons de nos jours et dont nous nous plaignons de n’en avoir pas assez. Tout cela sent bon le terroir, la moisson finie, les éteules délaissées, les fleurs coupées et l’accent roulant du Sud-Ouest. 

A la fin, on voudrait connaître la suite, rencontrer ces personnages pas si fictifs qu’il y paraît et l’auteur, amoureux du travail bien fait et du beau sexe, sans doute, ennemi des rapports d’autorité et des abus qui s’en suivent.

Le lecteur est heureux de sa lecture et de l’humanité qui s’en dégage: en ces temps troublés, ce n’est pas de trop.

Alain Dagnez.

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