Les jours de mon abandon d’Elena Ferrante. Ed:Folio.

Anatomie d’une séparation.

Eléna Farrante

Cela fait quelque temps que la narratrice sent bien que quelque chose ne fonctionne plus avec son mari, Mario: intuition féminine, jusqu’au moment où ce sentiment devient  réalité: Il avoue,  à l’occasion de la découverte d’un morceau de verre dans son repas, qu’il fréquente assidument une autre femme et qu’il la quitte. Prétexte pratique. Pan!

Olga, dont le prénom ne nous est livré qu’à la page 31, est sidérée tout d’abord, effondrée, ensuite. Puis, elle va passer par toute les couleurs des sentiments: la tristesse, la colère, la haine, le désespoir; elle ne se ménage pas; elle ne ménage pas son mari non plus: elle se rappelle leurs bons souvenirs, tout ce qu’elle avait fait pour lui: elle est déchirée, torturée, abîmée.  Elle ne comprend pas.  Et cette fameuse question: « qu’est-ce qu’elle a de plus que moi, cette..? » Il quitte  l’appartement. 

Il va rejoindre Clara, jeunette de leurs connaissances. Celle-ci n’est pas non plus préservée; une volée de noms d’oiseaux plane sur sa tête, les pires. Il arrive à Olga de les rencontrer fortuitement; c’est l’acmé de sa violence; elle se déchaîne, physiquement contre lui, contre elle.

De plus, il faut subvenir aux nécessités de leurs charmants bambins, une fille, Lliana et le garçon Gianni, qui lui font les reproches les plus injustes. S’ajoute à sa liste de responsabilités, le chien, Otto, qui tombe malade. Rien ne va plus jusqu’à la porte, qui se bloque. La pauvre femme est submergée, ensevelie, descendue aux Enfers: elle se trouve enfermée dans son appartement sans téléphone, ni Internet ni ouverture; désespérée.

Les jours de mon abandonHeureusement, progressivement, comme par enchantement, tout va se décanter. Olga reprend pied. Son voisin du dessous, Aldo, qui avait servi de médicament provisoire, se montre prévenant, à défaut d’être un amant fiable. Elle s’apaise. 

Voici un roman plaisant et triste à la fois: le ton est souvent à mi-chemin de la comédie et de la tragédie. L’auteure écrit librement, peut-être en connaissance de cause. Pour finir, on se met à la place des ces femmes délaissées. Messieurs, allons!

Alain Dagnez.