La panthère des neiges Sylvain Tesson Ed: Gallimard.

« Quand te reverrai-je, pays merveilleux.. »

Le narrateur, Sylvain Tesson lui-même, est parti en compagnie de Vincent Munier, photographe animalier, de Marie, jeune compagne de celui-ci et de Léo, philosophe, en Himalaya, à la recherche de la panthère des neiges, que personne n’a plus vue de puis des lustres. Il présente ici la narration de son périple.

  A supposer que vous aimiez les hauteurs d’âme et les hauteurs géographiques, un récit comme celui-ci vous conviendra.

A supposer que vous aimiez les descriptions riches en vocabulaire, qui vous jettent dans le dictionnaire à la recherche de la définition de « barhal, gypaète hémione et autre  chirou », en vue d’enrichir votre lexique animalier et pour parader dans les salons, vous êtes bien tombé.

A supposer que vous soyez amoureux des grands espaces gelés, équipé ou non d’un appareil photographique; si vous aimez rester pendant des heures à méditer sur un animal, qui ne vient pas…

Si vous voulez deviser, citer les auteurs classiques, évoquer vos Belles Lettre d’antan, Partez en livre avec Sylvain Tesson au Tibet, province du QingaÏ; 3OOm d’altitude. D’abord. Puis on s’élève.

Dans le cas où vous voyez la nature se détruire à grands pas et qu’à cette altitude, on perçoit les ravages de l’homme; si votre âme est écolo quand il faut, partez, partez dans ce livre.

Ou, enfin, lassé de tout et de votre vie au ras des pâquerettes et que vous cherchez pourquoi vous êtes là, ou ailleurs à la recherche de votre temps perdu, lorsque l’animal vous suggère votre mère, comme d’autres, se couchant de bonne heure, suçote une madeleine… 

Alors vous serez comme un Tesson dans l’eau: c’est bien écrit, raffiné, cultivé. Vous verrez enfin la Panthère des Neiges, un once upon a time, comme une révélation, un chemin de Damas, un Schmitt dans le désert. Une fois ou deux.

Alain Dagnez.

Les Déracinés de Catherine Baedon. Ed: Les Escales

De Vienne au Caraïbes: il est où l’bonheur?

L’auteure aurait pu fournir deux romans avec ce livre dense, intense, prenant. 

L’action débute à Vienne où la famille Rosenbeck vit d’impressions en tous genres. Ils sont juifs et coulent des jours heureux. Intégrés. Du moins le pensent-ils.

Leur fille, Myriam rêve de danse, leur fils Wilhelm de journalisme au grand dam de son père, imprimeur, qui le verrait bien reprendre son affaire.

A ce bonheur du quotidien s’ajoute celui de Wilhelm, qui rencontre Almah Kahn, jolie blonde à croquer. Ils s’aiment éperdument..

Mais le destin des années 30 n’est pas le bonheur en perspective puisque les voisins allemands ont donné le pouvoir à Adolphe Hitler, dont les idées nauséabondes se sont répandues chez les voisins proches. De suppression des droits aux persécutions, la vie s’assombrit. Et l’avenir aussi.

Il faut fuir. Se réfugier en Suisse, partir pour les Amériques: sauf qu’un détour fait atterrir la famille de Wilhelm, Almah et leur fils Frédérick, aux Caraïbes, à Saint Domingue où il faut tout construire, des murs et tout une société de ses mains.

Le texte est excellemment bien écrit. Le récit alterne entre le narration à la troisième personne et les confidences de Wilhelm à son journal..

Le récit est fort; les épisodes nourris et l’émotion guette le lecteur, par exemple lorsque Wilhelm retrouve sa soeur à New-York, partie bien avant lui ou lorsque le deuil frappe la famille.

décidément, Catherine Baedon aurait dû éditer deux romans mais le lecteur est heureux d’avoir tenu entre ses mains ces moments de forte lecture: il finit par se prendre d’affection pour tous les personnages.

Alain Dagnez