Une fille de passage. ED: Mercure de France.

Amour en eaux troubles.

Certains écrivains, même quand ils sont féminins, ont un style dont on dit qu’il fait l’homme et, particulièrement ici, la femme. 

Ce n’est pas que vous trouverez une longue suite d’événements plus ou moins surprenants mais on reste parce que le style est remarquable, imagé, profond. Parfois, on pense à Marcel Proust tant l’analyse des sentiments et des impressions est juste: ce qu’a écrit  Cécile Balavoine, nous aurions bien voulu l’exprimer.

Quelle histoire? Toute simple, une jeune fille, a pour professeur de littérature Serge Doubrovsky, critique littéraire en vue. Il est son logeur. Elle a 22 ans à leur rencontre, lui en a bien davantage.

C’est donc le récit de cette longue amitié, qui prend des tournures plus intimes sans jamais se parachever. Nous sommes conviés à en être témoins.  

Nous allons de New-York à Paris et vice-versa. Ils se retrouvent chez lui dans les deux villes, vont souvent au restaurant sans que rien de troublant ne se déclare; sauf pour lui, qui, on le sent, la désire. Elle, c’est moralement qu’elle l’aime: il a l’âge de son grand-père.

Elle ne succombera pas.

Après 30 ans de cette vie à distance relative,  Serge Dubrovsky est à son extrémité. Elle assiste de loin, puis de près, à sa lente agonie. 

Un récit fluide de cette relation particulière et intime au point qu’on se demande pourquoi il était nécessaire de l’écrire et de le publier. Peut-être à cause de ce rien qui fait les grands livres, juste pour le plaisir de cet exercice de style.

Alain Dagnez