Crénom, Baudelaire! De Jean Teulé.ED:Mialet-Barrault.

Noirceur de l’âme.

Jean Teulé s’ingénie à déconstruire dans ses biographies  des personnages dont on s’était façonné les belles images. Il l’avait ainsi fait pour Villon, par exemple, même si ce dernier fût, apriori, déjà un vilain bougre. Sans compter « le Monespan ». Et autres.

Rappelez vous: nous avons tous aimé et peut-être appris « l’albatros », qui relate en vers le retour du bel oiseau sur le pont du « navire glissant sur des gouffres amers », « ses ailes de géant l’empêchent de marcher.» De même, est le poète. Et bien plus celui-ci. Baudelaire.

A travers un récit cru, dépouillé de tout artifice ou esthétisme, il nous décrit, dès le début, un poète maudit, qui n’a rien réussi, sauf sa poésie..

Aimé  de sa mère, Caroline, en hostilité avec son beau-père, M. Aupick, qui l’envoie par bateau en stage lointain pour qu’il n’encombre plus ici.

Grâce aux subsides de sa mère, Baudelaire doit se forger une personnalité et entreprendre sa vie. Il ne trouve d’exemples que dans les contre-exemples et fréquente des semblables à l’odeur de stupre et de produits illicites

En amour, ce n’est guère mieux: les siennes ne servent qu’à lui prodiguer des maladies vénériennes. Son inspiratrice principale, Jeanne, beauté sculpturale de couleur et malade du sexe.

D’autres pourraient lui convenir, comme Apolline Sabatier mais il s’ingénie à dilapider la confiance de la dame et à faire capoter la rencontre.

Il fréquente les beaux salons; il est à côté de Courbet qui le peint, ainsi qu’il peint Jeanne, les frères Goncourt, Gérard de Nerval, Berlioz, Musset d’autres encore. Du beau monde. Sans compter Verlaine et Rimbaud en photos de famille immortelle.

Des admirateurs l’invitent en Belgique où sa prestation publique est tellement ratée que, même ceux qui l’ont fait venir finissent par le déjuger. Au point qu’on ne sait s’il s’agit d’une biographie documentée ou d’une divagation autour de quelques repères historiques.

Un triste vie, une triste fin, Baudelaire nous laisse un goût amer. C’est le talent de Jean Teulé: nous aider à ne pas aimer celui dont il décrit la vie. Restent les quelques vers sublimes distillés en cours de pages.

« Ö mort, vieux capitaine,

Il est temps! Levons l’ancre! » 

Il s’éteint à 46 ans, malade de ses jouissances.

Etait-ce la réalité? C’est, en tout cas celle de Jean Teulé. Pour finir, Victor Hugo, en guise d’hommage: » vous créez un frisson nouveau. » Tristes frissons.

Alain Dagnez., 

Marie Curie prend un amant. Irène Frain; ED: Seuil.

Marie Curie prend un amant. Irène Frain. Ed: seuil.

« La veuve illustre ». Une femme libre.

Parmi les belles images de nos héros, on trouve celles de Pierre et Marie Curie. On a en tête les photos et représentations de ces deux savants, penchés sur leur découverte; le radium. Le prix Nobel leur est décerné. 

Mais le sort en décide autrement: une charrette, une roue qui passe; Pierre, la tête fracassée, meurt. Chagrin.

L’hagiographie pourrait s’arrêter là et Marie Curie poursuivre sa vie de veuve admirable et célébrée mais le destin va en décider autrement.

Irène Frain nous présente une autre femme: derrière la physicienne, la femme vivante, joyeuse, libre; tout le contraire de l’image lisse, posée, un tantinet rigide.

Paul Langevin, savant lui aussi, inventeur, entre autres, du sonar, qui a donné son nom a de nombreux collèges et écoles, est un intime des Curie. Il est marié avec une furie qui le frappe et l’humilie. Il s’en confie à Marie; ils tombent dans les bras l’un de l’autre. Se noue une idylle aux conséquences dévastatrices: la ligue de bonnes moeurs s’en prend aux amants pour conduite immorale. La presse, pas avare de choux gras, publie des lettres, on pénètre chez Marie Curie, on casse, on invective, on poursuit. Le scandale.

Pour calmer les événements, Marie et Paul finissent par promettre de ne plus se voir.

D’un autre côté, Marie, par les expériences qu’elle mène est pressentie pour un deuxième prix Nobel, de chimie cette fois. Qu’elle obtient. Première femme à recevoir deux fois cette distinction.

Tel est ce récit incroyable d’une savante amoureuse deux fois, prix Nobel deux fois.

On voudrait que nos héros aient une vie lisse et sage et qu’ils se contentent de rester dans la case qu’on leur assigne, par goût de la simplicité, voire du simplisme. Les savants ont aussi des sentiments.

Chez les Curie, tout le monde a eu un prix Nobel: Marie, Pierre, Irène Joliot-Curie, leur fille, avec son mari. Seule, Eva, pianiste reconnue et seconde fille plaisantera sur cette défaillance, la concernant, ajoutant non sans malice, que son mari, avait reçu le prix Nobel de la Paix pour son engagement dans la création de l’UNICEF. Certaines personnes ont des fréquentations réussies.

Alain Dagnez.

Ce qu’il faut de nuit. Laurent Petitmangin. Ed: la manufacture des livres.

Une triste histoire.

Nous sommes dans l’Est de la France, dans une région où la vie est rendue difficile par les conditions de l’existence. 

Il n’est pas besoin d’écrire de longues sommes pour écrire des livres épatants. C’est ici le cas.

Une petite famille, dont la maman a été sortie de son histoire pour cause de crabe aigu, survit à la douleur de la perte. Le père, narrateur, et se deux fils.

Le chargé de famille travaille sur les caténaires de la Société des Chemins de Fer Français. Le premier fils, Fus de son surnom, fait des études jusqu’en IUT et le second vise un peu plus haut. Le père est engagé politiquement; à gauche. Fus pratique le football localement. 

Le père se demande si Fus n’a pas de mauvaises fréquentations sur le bord des extrêmes. 

L’histoire se complique quand Fus est retrouvé blessé pour une altercation avec d’autres jeunes de tendance opposée. Hôpital , soins longs, sortie jusqu’à l’irréparable.

Le père- narrateur nous prend par le coeur pour décrire sa douleur de l’accompagnement de son fils qu’il aide à traverser les déboires sanitaires puis, hélas! Judiciaires.

C’est décrit dans une ambiance lourde, triste, tendre qui parle à nos émotions les plus personnelles. Le père ne pleure pas, nous non plus mais nous avons la gorge nouée jusqu’au bout du livre.

On n’est pas obligé de faire long pour faire bon: ce livre en est l’illustration.

Alain Dagnez.