La plus précieuse des marchandises de JC. Grumberg. Ed: Seuil.

Un train d’enfer.

Les contes ont émerveillé ou «effrayé notre enfance. Beaucoup contiennent l’adjectif « petit dans leurs titres: « la petite sirène », « le petit Poucet », « la petite fille aux allumettes » et d’autres encore. « Tout ce qui est petit est gentil, disait mon arrière grand-mère. 

Dans ce conte, où, bien sûr, tout est inventé, une bûcheronne et son mari,  bûcheron de son état regardent passer les trains qui, régulièrement, circulent près de leur maison. Tout est en ordre. Sauf qu’un jour, du train est jeté un paquet. La pauvre bûcheronne, qui n’a pas d’enfants, entend jaillir du paquet entouré d’un châle ouvragé à dentelles dorées, des vagissements: un bébé. Une petite fille. 

La pauvre bûcheronne rapporte chez elle son précieux fardeau et en parle à son pauvre bûcheron de mari. Il n’en veut pas, se méfiant, à la vue du châle, de ce qu’on lui a dit des « sans-coeur », cette « race maudite ». Nous sommes en 1942.

Les trains qui passent viennent du camp de Drancy où on a parqué ces gens avant de les envoyer vers leur destination finale.  Fatale.

Alors, la pauvre bûcheronne se démène pour trouver du lait de chèvre, portant chaque jour, en échange, un fagot de bois à un voisin aimable. 

Petit à petit le pauvre bûcheron réticent finit par fondre devant cette petite fille qui lui tend les bras.

Mais les bons citoyens, qui ne veulent pas de ces soi-disants « sans-coeur » de la « race maudite », finissent par découvrir le pot aux roses et se mettent en ordre de marche pour montrer Ô combien ils sont de bons citoyens.

On ne dit jamais à l’avance, comment un conte finit mais on peut comprendre que l’Histoire peut se répéter parfois sous d’autres formes et qu’il faut être vigilant pour ne pas croire ce que l’on dit sur des gens qu’on vous désigne comme « pas comme il faut ». La tentation de ne pas voir et de ne pas entendre est grande, tant notre désir de tranquillité prend le dessus sur nos valeurs qu’on n’a pas définies.L’Hostoire bégaie.

Alain Dagnez

Crénom, Baudelaire! De Jean Teulé.ED:Mialet-Barrault.

Noirceur de l’âme.

Jean Teulé s’ingénie à déconstruire dans ses biographies  des personnages dont on s’était façonné les belles images. Il l’avait ainsi fait pour Villon, par exemple, même si ce dernier fût, apriori, déjà un vilain bougre. Sans compter « le Monespan ». Et autres.

Rappelez vous: nous avons tous aimé et peut-être appris « l’albatros », qui relate en vers le retour du bel oiseau sur le pont du « navire glissant sur des gouffres amers », « ses ailes de géant l’empêchent de marcher.» De même, est le poète. Et bien plus celui-ci. Baudelaire.

A travers un récit cru, dépouillé de tout artifice ou esthétisme, il nous décrit, dès le début, un poète maudit, qui n’a rien réussi, sauf sa poésie..

Aimé  de sa mère, Caroline, en hostilité avec son beau-père, M. Aupick, qui l’envoie par bateau en stage lointain pour qu’il n’encombre plus ici.

Grâce aux subsides de sa mère, Baudelaire doit se forger une personnalité et entreprendre sa vie. Il ne trouve d’exemples que dans les contre-exemples et fréquente des semblables à l’odeur de stupre et de produits illicites

En amour, ce n’est guère mieux: les siennes ne servent qu’à lui prodiguer des maladies vénériennes. Son inspiratrice principale, Jeanne, beauté sculpturale de couleur et malade du sexe.

D’autres pourraient lui convenir, comme Apolline Sabatier mais il s’ingénie à dilapider la confiance de la dame et à faire capoter la rencontre.

Il fréquente les beaux salons; il est à côté de Courbet qui le peint, ainsi qu’il peint Jeanne, les frères Goncourt, Gérard de Nerval, Berlioz, Musset d’autres encore. Du beau monde. Sans compter Verlaine et Rimbaud en photos de famille immortelle.

Des admirateurs l’invitent en Belgique où sa prestation publique est tellement ratée que, même ceux qui l’ont fait venir finissent par le déjuger. Au point qu’on ne sait s’il s’agit d’une biographie documentée ou d’une divagation autour de quelques repères historiques.

Un triste vie, une triste fin, Baudelaire nous laisse un goût amer. C’est le talent de Jean Teulé: nous aider à ne pas aimer celui dont il décrit la vie. Restent les quelques vers sublimes distillés en cours de pages.

« Ö mort, vieux capitaine,

Il est temps! Levons l’ancre! » 

Il s’éteint à 46 ans, malade de ses jouissances.

Etait-ce la réalité? C’est, en tout cas celle de Jean Teulé. Pour finir, Victor Hugo, en guise d’hommage: » vous créez un frisson nouveau. » Tristes frissons.

Alain Dagnez., 

Marie Curie prend un amant. Irène Frain; ED: Seuil.

Marie Curie prend un amant. Irène Frain. Ed: seuil.

« La veuve illustre ». Une femme libre.

Parmi les belles images de nos héros, on trouve celles de Pierre et Marie Curie. On a en tête les photos et représentations de ces deux savants, penchés sur leur découverte; le radium. Le prix Nobel leur est décerné. 

Mais le sort en décide autrement: une charrette, une roue qui passe; Pierre, la tête fracassée, meurt. Chagrin.

L’hagiographie pourrait s’arrêter là et Marie Curie poursuivre sa vie de veuve admirable et célébrée mais le destin va en décider autrement.

Irène Frain nous présente une autre femme: derrière la physicienne, la femme vivante, joyeuse, libre; tout le contraire de l’image lisse, posée, un tantinet rigide.

Paul Langevin, savant lui aussi, inventeur, entre autres, du sonar, qui a donné son nom a de nombreux collèges et écoles, est un intime des Curie. Il est marié avec une furie qui le frappe et l’humilie. Il s’en confie à Marie; ils tombent dans les bras l’un de l’autre. Se noue une idylle aux conséquences dévastatrices: la ligue de bonnes moeurs s’en prend aux amants pour conduite immorale. La presse, pas avare de choux gras, publie des lettres, on pénètre chez Marie Curie, on casse, on invective, on poursuit. Le scandale.

Pour calmer les événements, Marie et Paul finissent par promettre de ne plus se voir.

D’un autre côté, Marie, par les expériences qu’elle mène est pressentie pour un deuxième prix Nobel, de chimie cette fois. Qu’elle obtient. Première femme à recevoir deux fois cette distinction.

Tel est ce récit incroyable d’une savante amoureuse deux fois, prix Nobel deux fois.

On voudrait que nos héros aient une vie lisse et sage et qu’ils se contentent de rester dans la case qu’on leur assigne, par goût de la simplicité, voire du simplisme. Les savants ont aussi des sentiments.

Chez les Curie, tout le monde a eu un prix Nobel: Marie, Pierre, Irène Joliot-Curie, leur fille, avec son mari. Seule, Eva, pianiste reconnue et seconde fille plaisantera sur cette défaillance, la concernant, ajoutant non sans malice, que son mari, avait reçu le prix Nobel de la Paix pour son engagement dans la création de l’UNICEF. Certaines personnes ont des fréquentations réussies.

Alain Dagnez.

Ce qu’il faut de nuit. Laurent Petitmangin. Ed: la manufacture des livres.

Une triste histoire.

Nous sommes dans l’Est de la France, dans une région où la vie est rendue difficile par les conditions de l’existence. 

Il n’est pas besoin d’écrire de longues sommes pour écrire des livres épatants. C’est ici le cas.

Une petite famille, dont la maman a été sortie de son histoire pour cause de crabe aigu, survit à la douleur de la perte. Le père, narrateur, et se deux fils.

Le chargé de famille travaille sur les caténaires de la Société des Chemins de Fer Français. Le premier fils, Fus de son surnom, fait des études jusqu’en IUT et le second vise un peu plus haut. Le père est engagé politiquement; à gauche. Fus pratique le football localement. 

Le père se demande si Fus n’a pas de mauvaises fréquentations sur le bord des extrêmes. 

L’histoire se complique quand Fus est retrouvé blessé pour une altercation avec d’autres jeunes de tendance opposée. Hôpital , soins longs, sortie jusqu’à l’irréparable.

Le père- narrateur nous prend par le coeur pour décrire sa douleur de l’accompagnement de son fils qu’il aide à traverser les déboires sanitaires puis, hélas! Judiciaires.

C’est décrit dans une ambiance lourde, triste, tendre qui parle à nos émotions les plus personnelles. Le père ne pleure pas, nous non plus mais nous avons la gorge nouée jusqu’au bout du livre.

On n’est pas obligé de faire long pour faire bon: ce livre en est l’illustration.

Alain Dagnez.

Une fille de passage. ED: Mercure de France.

Amour en eaux troubles.

Certains écrivains, même quand ils sont féminins, ont un style dont on dit qu’il fait l’homme et, particulièrement ici, la femme. 

Ce n’est pas que vous trouverez une longue suite d’événements plus ou moins surprenants mais on reste parce que le style est remarquable, imagé, profond. Parfois, on pense à Marcel Proust tant l’analyse des sentiments et des impressions est juste: ce qu’a écrit  Cécile Balavoine, nous aurions bien voulu l’exprimer.

Quelle histoire? Toute simple, une jeune fille, a pour professeur de littérature Serge Doubrovsky, critique littéraire en vue. Il est son logeur. Elle a 22 ans à leur rencontre, lui en a bien davantage.

C’est donc le récit de cette longue amitié, qui prend des tournures plus intimes sans jamais se parachever. Nous sommes conviés à en être témoins.  

Nous allons de New-York à Paris et vice-versa. Ils se retrouvent chez lui dans les deux villes, vont souvent au restaurant sans que rien de troublant ne se déclare; sauf pour lui, qui, on le sent, la désire. Elle, c’est moralement qu’elle l’aime: il a l’âge de son grand-père.

Elle ne succombera pas.

Après 30 ans de cette vie à distance relative,  Serge Dubrovsky est à son extrémité. Elle assiste de loin, puis de près, à sa lente agonie. 

Un récit fluide de cette relation particulière et intime au point qu’on se demande pourquoi il était nécessaire de l’écrire et de le publier. Peut-être à cause de ce rien qui fait les grands livres, juste pour le plaisir de cet exercice de style.

Alain Dagnez

L’illusion. Maxime Chattam. ED: Albin Michel.

« De la magie à tous les étages. »

Curiosité de certains écrivains: puisqu’il s’agit d’un roman à suspens, il convient de faire patienter le lecteur pendant 200 pages avant de commencer à le faire trembler. Un peu, alors que le livre en contient un peu plus de 400. Le lecteur attend.

Alors qu’il vient de vivre une séparation douloureuse, Hugo a trouvé un boulot pour quelques mois dans nos belles montagnes des Alpes.

Accueilli par Lily, jeune femme avenante, à Montdauphin-Guillestre, ils prennent la direction des hauteurs, au Val Quarios. Signature du contrat, présentation aux autres membres.

Mais voilà qu’Alice, en fin de contrat, s’en retourne sans qu’Hugo sache si elle est bien arrivée à destination.

Les lieux sont bizarres, à l’architecture particulière. Il habite une chambre loin des autres.

Une maison, à l’écart, où le propriétaire des lieux loge. Mystérieuse, intrigante. C’est là qu’habite le fameux Lucien Strafa, illusionniste.

Au cours de ses travaux  forestiers, Hugo découvre des sortes de têtes humaines en réduction. 

Il confie ses observations à Lily qui ne paraît pas d’abord s’en inquiéter outre mesure. D’ailleurs, il noue avec cette dernière des liens qui le détendent sans pour autant lever ses inquiétudes.

L’ambiance s’alourdit progressivement, lassant au lecteur toute sa respiration. 

Sachez que l’intrigue se termine sur une unhappy end totalement incroyable, aux modalités que nous qualifierions de nos jours de « complotante ».

Bonne lecture quand même.

Alain Dagnez.

1984 de George Orwell. ED: Folio.

Un autre pays.

Wiston Smith est le héros de ce roman très particulier. Il habite l’Océania, et travaille au ministère des Archives. Dans ce pays imaginaire, les télécrans veillent et surveillent tout, partout C’est le règne de Big Brother. La Police de la Pensée aide chacun à savoir ce qu’il doit… penser. 

Les mots ont perdu leurs sens habituels; plus particulièrement il faut les entendre par leurs contraires; ainsi, la guerre, c’est la paix, l’amour, c’est la haine, la liberté, c’est l’esclavage, l’ignorance, c’est la force. On appelle cela la novlangue, pour laquelle on a récrit un dictionnaire à usage collectif. Les habitants se doivent d’accepter deux vérités contradictoires. L’Histoire ne raconte plus les faits tels qu’il se sont passés mais comme on doit les comprendre dorénavant. 

Parfois, des personnes disparaissent définitivement sans qu’on sache où elles se trouvent. Des bombardements écrasent toute velléité de mutinerie.

Tout est sous contrôle: Le langage, la citoyenneté, la population.

Sous ce ciel bien obscur, Winston fait la connaissance de Julia. Ils se rencontrent en toute discrétion. Ils vivent de beaux moments d’amour à l’écart des yeux et des dénonciateurs. On les arrête pour leur faire vivre séparément un lavage de cerveaux d’où ils ressortiront , « amoureux » de Big Brother, qui triomphe.

Publié en 1949, L’auteur George Orwell, décrit un monde qui pourrait advenir si on n’y prend pas garde. Il n’est pas nécessaire d’extrapoler tant que cela pour se demander si, à l’occasion d’une grave crise, sanitaire par exemple, un pouvoir mal inspiré, ne pourrait pas en arriver à ce genre d’extrémités. Quelque chose me dit que la question n’est  pas si dépourvue de pertinence.

« Les deux buts du Parti sont de conquérir toute la surface de la terre et d’éteindre une fois pour toute les possibilités d’une pensée indépendante « 

« La guerre, c’est la paix, la liberté, c’est l’esclavage, l’ignorance, c’est la force. »

Alain Dagnez.

Là où chantent les écrevisses. Delia Owens. ED:Seuil.

( Avertissement: Delia Owens, l’auteure, est une biologiste qui, avant d’écrire des romans, a publié des articles scientifiques dans des revues spécialisées).

Kya; la fille des marais.

Après quelques pages, le lecteur se dit: « mon Dieu, que c’est bien écrit ! » De belles descriptions, précises, imagées, attirantes. Ce livre semble être, tout d’abord, une ode à la nature.

Là où chantent les écrevisses de Délia Owens. ED: Seuil

Années 50, Caroline du Nord, dans les marais, où croissent toutes sortes de végétaux, où croassent toutes sortes de volatiles, plus colorés les uns que les autres.

C’est là que vit Kya, petite fille. Elle n’a plus ni mère, partie parce que battue par son mari, ni père, buveur invétéré, qui l’abandonne peu après.

Elle s’élève seule parmi cette flore et cette faune, qui la nourrissent. Pas d’école, pas d’amis:,sauf Jumping et Mabel, qui l’aident à survivre. 

Pourtant, au détour d’un chenal, elle fait la connaissance de Tate, un peu plus âgé, qui lui apprend à lire. Elle a quelques sentiments en réciprocité, mais, lui aussi – pour quelques raisons incompréhensibles – s’éloigne.

Le 30 octobre1969, on retrouve le corps inanimé de Chase Andrews à la tour du guet. A-t-il fait une mauvaise chute? A-t-il été poussé pour provoquer son décès? Le shérif et son adjoint enquêtent.

Alors, nous voguerons du passé aux dates plus récentes pour trouver un lien entre ces deux époques.

Qu’y a-t-il eu entre Kya et Chase Andrews? Que deviendra sa tendre amitié pour Tate?

Si vous aimez les belles histoires, ce livre ne manquera pas de vous séduire: la nature des marais de Caroline du Nord, une intrigue policière et une histoire d’amour, comme on les aime. Vous lirez Trois livres en un.

On se prend d’amitié pour cette petite fille, que l’on voit grandir, abandonnée au point que le lecteur, attendri, finit par épouser sa cause, inconditionnellement. Ne manquez pas cette lecture: vous le regretteriez.

Alain Dagnez.

Envole moi de Sarah Baruk.ED:Albin Michel.

Envole moi de Sarah Barukh. Ed:Albin Michel.

Au bout de la route, l’espoir?

Anaïs travaille à la plage. Son amie, Marie, disparue des radars depuis bien longtemps, l’appelle pour lui demander de l’aide, suite au décès de sa mère, Brigitte

Anaïs en est à sa troisième FIV mais les ami(e)s, ça compte.

La voilà partie. Elle ne sait pas encore qu’elle va se retourner vers son passé, lorsqu’elle habitait le 19ème arrondissement de Paris.

Anaïs s’aperçoit qu’elle a été dupée par Marie: Brigitte est décédée voilà un bon moment. Elles se retrouvent et vont migrer ensemble vers la Bretagne toutes les deux pour un dernier hommage à Brigitte.

Passeront les copains d’antan des années 90 et le cortège des souvenirs;  les bons et les moins bons moments. Animata, excisée de force, Adamo, radicalisé, Sofiane qui avait dû demander pardon à genoux, Mehdi, le boxeur: toute un pêle-mêle d’anciens amis perdus de vue et retrouvés à cause ou grâce à ce deuil.

Et Valentin, peut-être abîmé par Marie.

Elles arrivent à destination, la Hague, pour lâcher les cendres de Brigitte. Dernière tournée des bars.

Anaïs reste en contact avec son amoureux, Solal. Sa promesse de bébé qui, elle aussi va disparaître; à jamais.

Le lecteur se laisse prendre progressivement par cette sorte de road-movie. Elle sont les nouvelles Thelma et Louise.

Le récit devient haletant dansa dernière partie: quelle influence ont nos souvenirs et nos actes passés sur notre comportement? 

Le lecteur n’aura plus qu’à s’en remettre au récit pour savoir s’il peut souffler enfin.

Alain Dagnez.

Le consentement, Vanessa Springora. Ed: Grasset.

« qui a peur du grand méchant loup » (Comptine).

Il fut un temps où la pédophilie, après les années 68, avait pignon sur rue.

Ce récit, dont tout le monde a entendu parler,  narre l’histoire de cette ancienne petite jeune fille séduite par une célébrité du Gotha littéraire de l’époque. G. Alias  Gabriel Mazneff en est le « héros » négatif. 

Vanessa, en manque de repères, dans un contexte de pauvreté affective – un père absent, qui n’est pas à la hauteur et une mère, qui multiplie les amants – est seule face au prédateur sexuel, rencontré dans un dîner où il brille. Etoile frelatée.

Il la charme d’abord par des poèmes et des compliments puis par des goûters où ça bascule, forcément. La relation sexuelle de domination, déguisée en amour absolu, s’installe durablement. 

Bien sûr, cet homme est célèbre; bien sûr, il a beaucoup de charme; bien sûr, il est au sommet de sa gloire. Il ose tout. Elle l’admire absolument. Eperdument.

On se dit qu’elle va s’enfuir et dénoncer, ce que d’autres auraient sans doute fait. Elle se trouve prisonnière du pédophile, des facilités de l’époque et de l’abandon parental.

Progressivement, elle se rend compte du piège et tente de s’en extirper; elle y parvient avec peine quand elle se rend compte qu’elle n’est pas seule dans la liste des enfants que G. conquiert. Son vieil amant fait de fréquents voyages en Asie à la recherche de jeunes proies exotiques.

Alors, elle met fin à cette relation. Il revient à la charge, sans succès, usant de son charme perverti. Cette toute jeune femme passera des années à se « reconstruire » tant les dommages  l’ont détruite et tant les dégâts sont immenses.

Le lecteur reste pantois, la tête pleine d’interrogations. Est-il possible qu’une enfant de 14 ans ait été abandonnée à son sort, sans que les parents, quelques séparés qu’ils fussent ne soient intervenus? Comment cela fut possible qu’une époque comme celle-ci ait pu accepter médiatiquement, judiciairement que cela soit. Pour s’en rendre compte, il suffit de revoir l’émission de Bernard Pivot, « Apostrophes » pendant laquelle Gabriel Mazneff a pu évoquer son appétit pour les jeunes enfants, sans que personne dans un public rigolard, ne réagisse. Si, une seule, l’auteure canadienne, Denise Bombardier, elle-même victime, dont on se gaussera en direct et en différé.

Ce « roman » a trois vertus: dénoncer les moeurs acceptées d’une époque pas si révolue, éduquer les parents sur leurs devoirs de surveillance et, enfin, servir de guide aux jeunes adolescentes sur la nature parfois trompeuse de leurs sentiments naissants. Leur apprendre à ne pas suivre le grand méchant loup, les yeux fermés.

Alain Dagnez.