Sa mère de Sophia Azzedine. Ed: Stock.

« On ne rencontre pas sa mère tous les jours….» (P179)

Unknown-3Marie-Adélaïde travaille à la « Miche dorée », à l’ouverture de ce roman. Dit comme cela, ça ouvre l’appétit. Mais il se trouve que l’intérêt de cet opus ne réside pas dans cette première annonce. Il lui arrive aussi de jouer à la nounou chez des gens huppés, qu’elle ne manque pas de fustiger, les soirs de réception.Mais cela n’est pas davantage l’essentiel du roman.
L’auteur nous offre, au passage, une série de portraits des amis de l’héroïne: chaque personnage est l’un plus intéressant que l’autre, haut en couleurs; mais cela aussi importe peu.
L’héroïne a eu un début de vie tout ce qu’il y’a de perturbé: née sous X, adoptée; malmenée, d’une famille à l’autre, d’un rejet à l’autre, d’une prison à l’autre, Marie-Adélaïde va partir à la recherche de sa mère, d’où le titre. Son père reste encore dans l’inconnu.
31UD99HkfFL._SX195_Tout au long de cette pérégrination, on trouve, enfin, le véritable intérêt de ce livre: le style: original, touchant derrière la nervosité des propos. On y apprend à ne pas s’arrêter à l’apparence des réactions mais à leur signification. Marie-Adélaïde est, au fond, triste du manque et seule la pudeur explique cette réactivité à fleur de peau.

On suit avec intérêt la quête de l’héroïne pour retrouver cette mère qui l’a abandonnée. Démarches administratives, filature grâce à Kay, un fidèle, une rencontre soi disant fortuite jusqu’à l’accident qui révèle. et l’éblouissement de deux êtres qui se sont « manqués ».
Saphia Azzedine nous a habitués à ce qui fait sa singularité littéraire: provocation, exagération, hyperbolisme, instruments rageurs et efficaces au service de l’histoire. Certains, dit-on s’en lassent.
On s’attend à ce que ces retrouvailles ouvrent à la jeune femme une période favorable, fastueuse. Mais le malheur s’acharne souvent sur les malheureux.
Alors, ce livre nous chagrine mais on est reconnaissant à l’auteur de nous avoir fait passer ce fort moment de tristesse et à ces bribes de joie.
Alain Dagnez.